Retrouvez le discours de Michèle PICARD, Maire de Vénissieux, Vice-présidente de la Métropole de Lyon, à l’occasion de la visite inaugurale de l’équipement Annie Steiner.
Olga-Bancic, Roger-Vailland, Annie-Steiner. Trois noms, trois équipements reliés par notre actualité récente, entre première pierre et inauguration. Si je les réunis, c’est qu’ils portent tous en eux la force du lien social, de la proximité et des échanges entre les habitants.
Les trois équipements ont le même toit, celui de la République et du vivre ensemble.
Dans nos sociétés aussi fragmentées, cette volonté de réunir les Vénissians montre à quel point il est nécessaire et urgent dans nos villes et agglomérations de retisser et renforcer le lien social, la proximité, l’appartenance.
En créant des équipements identifiés, structurants, et des espaces de rencontres ouverts à tous, la vie des quartiers s’anime, se démocratise toujours plus, se solidarise.
Ce sera le cas de notre équipement pluridisciplinaire de proximité Annie-Steiner, qui ouvrira ses portes au public le 18 octobre prochain. Inscrit dans le cadre du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain, il répondra aux enjeux sociaux-éducatifs, culturels et de démocratie participative du quartier.
Comme pour notre prochaine Maison des Mémoires Olga-Bancic, l’Etat a montré son vif intérêt et apporté son soutien au projet à travers l’attribution de la DPV d’1,3 millions d’euros et le financement NPNRU, à hauteur de 455 525€. La part ville est de plus de 2 millions. Je remercie l’Etat de sa contribution pour un tel projet, au service de notre jeunesse, de la culture et de la cohésion sociale.
Rappelons le contexte, qu’on peut qualifier de sinistré : près de 50 % des régions, départements, communes et métropoles ont diminué, entre 2024 et 2025, leur budget consacré à la culture, selon une étude récente publiée dans Le Monde.
Le constat a été fait qu’il manquait des locaux pour accueillir les associations et leurs projets. Suite à l’incendie du centre commercial Pyramide, la bibliothèque pour jeune public a été fermée depuis 2018. Entre-temps, les classes ont été redéployées et accueillies à la Médiathèque Lucie-Aubrac et des actions « hors les murs » ont été menées au plus près des habitants.
L’Equipement Polyvalent Jeunes, lui, a été relocalisé dans la Maison des Fêtes et des Familles et la permanence du conseil de quartier installée à la Maison des Sportifs.
Il fallait retrouver une unité, imaginer un lieu central plurifonctionnel qui regroupe l’ensemble des activités que je viens de mentionner.
Quatre espaces bien définis vont constituer ce nouvel équipement : une bibliothèque tout public, un équipement polyvalent jeunes, une salle de réunion pour le conseil de quartier Jean-Moulin et différents usages associatifs, et enfin un Fablab, expression anglaise qu’on pourrait traduire comme laboratoire de fabrication, doté d’un espace public numérique. L’équipement est explicitement tournée vers les adolescents, mais pas seulement.
On a les contenants, mais c’est dans les contenus qu’il va prendre tout son sens. Les objectifs sont clairs : il s’agit pour notre jeunesse de contribuer à l’égalité des chances, d’encourager les potentialités des adolescents, d’ouvrir des horizons et des possibles, de favoriser le vivre ensemble et de construire le chemin de la citoyenneté.
Commençons par la bibliothèque. Elle proposera des documents et ouvrages destinés à un public adolescent quand, en parallèle, la bibliothèque Anatole-France travaillera au développement d’une spécificité petite enfance.
Notre réseau de lecture publique favorisera les échanges entre notre Médiathèque Lucie-Aubrac et nos différentes bibliothèques.
Dans notre prochaine bibliothèque, une attention particulière sera portée aux publics dits éloignés et empêchés, personnes en situation de handicap ou fragilisées socialement. La bibliothèque fera par ailleurs office d’expérimentation pour la mise en place d’un fonds Facile à Lire, dispositif national porté par le Ministère de la Culture. 7000 ouvrages seront acquis pour la constitution du fonds de départ, avec une forte présence en culture scientifique et technique.
L’EPJ Annie-Steiner fera partie des six équipements jeunesse de la ville de Vénissieux, aux côté des EPJ Darnaise, Léo Lagrange, Charréard, Moulin-à-Vent et Parilly.
D’outil de prévention, les structures ont peu à peu évolué pour renforcer une offre jeune plus variée : activités sportives, culturelles, sorties, accompagnement à la scolarité, projets participatifs. C’est dans ce lieu que les jeunes pourront se retrouver, s’exprimer, échanger, construire des projets et se projeter dans l’avenir, au contact de tous les partenaires locaux.
Les passerelles sont à nouveau bien articulées entre le Fablab et l’EPJ, entre l’EPJ et la bibliothèque, entre la bibliothèque et le Fablab. Ce dernier sera constitué de trois espaces : un espace numérique ; un espace pour zone de chantier libre ; enfin une zone sécurisée du Fablab pour l’utilisation encadrée et sous certaines conditions de différentes machines et outils. On l’aura compris, le Fablab, pôle numérique, est aussi un atelier au sens large où les jeunes peuvent fabriquer des objets, se lancer dans la broderie, s’initier à l’électronique, la domotique.
Ainsi, le Fablab Annie-Steiner s’inscrit dans la stratégie globale de la Ville de Vénissieux pour l’inclusion numérique et sociale, contribuant à faire de ce quartier prioritaire un territoire d’innovation et de cohésion sociale. Il répond à un double enjeu, démocratiser l’accès aux technologies et créer du lien social dans un quartier prioritaire de la politique de la ville.
Une attention particulière sera portée aux femmes et jeunes filles, sous-représentées dans les filières scientifiques et technologiques, s’inscrivant également dans la lutte contre les stéréotypes de genre.
Le Fablab entend jouer un rôle de passerelle entre les mondes éducatif et professionnel, particulièrement pour valoriser les filières techniques proposées par les lycées locaux.
Même si les jeunes sont la priorité, il est utile de préciser que le Fablab est pensé pour un public large et intergénérationnel, dès 8 ans jusqu’aux seniors.
Il y a une vraie cohérence entre les espaces et entre les missions de l’équipement Annie-Steiner.
Ce n’est pas un hasard s’il porte le nom d’une femme résistante dont la vie et l’engagement ont eux aussi été très cohérents, contre le colonialisme et pour l’indépendance de l’Algérie.
Au contact des militants du FLN, Annie Steiner devient agent de liaison en transportant des lettres qui ont permis un rapprochement entre le FLN et le Parti Communiste Algérien.
La suite sera un long parcours d’arrestation, dès 1956, et d’emprisonnements, mais Annie-Steiner ne cèdera pas sur ses engagements.
A Vénissieux, les dernières dénominations de nos équipements et espaces publics portent le nom de femmes. En moyenne en France, sur 33 % de voies, rues, places et autres espaces publics portant des noms de personnalités, seuls 6 % sont celui d’une femme.
C’est donc un choix délibéré, pour combler un tant soit peu l’immense retard des patronymes féminins par rapport aux personnalités masculines.
Mais c’est aussi faire résonner le présent avec l’histoire de notre pays, sans en occulter des pages ni les réécrire ou les instrumentaliser.
Une tâche qui nous incombe toutes et tous au quotidien, avec responsabilité et sincérité, sur le long chemin de construction d’une mémoire apaisée.
A ce sujet, 10 jeunes des EPJ Pyramide et Moulin à vent (6 garçons et 4 filles de 17 ans) ont réalisé un séjour culturel en Algérie à l’automne dernier.
Il a constitué l’aboutissement d’un long projet qui a mobilisé les jeunes toute l’année. L’objectif de ce voyage était de découvrir l’Algérie sous un angle historique et culturel.
Ils ont également travaillé sur le parcours d’Annie Steiner, son engagement en faveur de l’autodétermination du peuple algérien avec la visite de plusieurs lieux marquants, dont la prison de Sekadji.
Je tiens à signaler que sa fille Edith Meier-Steiner a tenu à participer à notre inauguration, sa présence, que je salue, nous honore, tout comme celle de l’ancien député du Gard, Bernard Deschamps, spécialiste de l’Algérie.
Cet espace Annie-Steiner va donner un nouvel élan à la jeunesse du quartier.
Les 10-25 ans ont besoin de notre attention et de notre accompagnement après les années de crises qui les ont profondément affectés. Les périodes de confinement ont été une épreuve.
Se sont installés aussi bien physiquement que psychologiquement des sentiments d’isolement, de solitude, de fragilité face à un monde qui se rétracte. Sans parler des difficultés matérielles, des cursus interrompus, des accès aux logements presque impossibles, et d’une précarité matérielle généralisée que l’hyperinflation continue d’aggraver.
Je le dis souvent, une société qui se ferme à sa jeunesse n’a aucun avenir, n’esquisse aucun lendemain. L’équipement Annie-Steiner est là pour dire aux jeunes que des possibles existent, et que ces possibles leur tendent la main.
Je vous remercie.

