Michèle PICARD, Maire de Vénissieux et Vice-présidente de la Métropole de Lyon, a adressé ses vœux pour l’année 2026 aux associations et aux personnalités.
Dans quel monde sommes-nous entrés ?
Un monde de prédateurs, où règnent la loi du plus fort et le fracas des armes. Le peuple palestinien vit un drame intolérable, insoutenable, inhumain, injustifiable, les populations civiles, prises en otage, meurent sous les bombes en Ukraine, au Soudan et ailleurs. Du sang, des guerres, des massacres. Des rêves d’empire renaissent, alimentés par des politiques nationalistes et d’extrême droite, tandis que Donald Trump foule aux pieds le droit international, la souveraineté des Etats et des peuples.
« Rappelons-nous que les hommes font l’histoire, mais ne savent pas l’histoire qu’ils font », disait Régis Debray. La recherche de la paix est une priorité absolue, celle que tous les citoyens que nous sommes doivent défendre, ici et maintenant, sans quoi les portes du chaos et d’une violence aveugle risquent de s’ouvrir. Ce n’est pas être alarmiste, ni défaitiste, mais juste lucide : oui, la paix, ici et maintenant, et stop aux discours martiaux et va-t-en-guerre.
Cette même lucidité doit s’appliquer à l’égard de notre propre pays.
La France a perdu le fil. Sur les grands enjeux de société et défis de civilisation, oui, la France a perdu le fil. Ce fil, c’est celui de notre contrat social hérité du Conseil National de la Résistance et de l’Après-guerre, de politiques publiques au service de l’intérêt général et d’une solidarité infaillible.
Jamais un tel taux de pauvreté, selon le dernier rapport de l’Insee, n’avait été atteint depuis trente ans dans notre pays. Près de 10 millions de personnes en France vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, soit plus de 15% de nos compatriotes. L’appauvrissement est presque continu et des pans entiers de notre société sont touchés : les familles monoparentales, des ménages sans aucune ressource, la hausse des personnes à l’état de santé dégradé, les étudiants, la précarité des personnes étrangères privées de droits, les travailleurs pauvres, une partie des classes moyennes.
Or, pendant la même période, les ménages les plus aisés ont vu leur niveau de vie augmenter notablement, et l’écart entre les plus riches et les plus pauvres devenir abyssal. Les crises n’expliquent pas tout, les choix politiques de ces trente dernières années beaucoup plus. Le résultat accablant et désastreux du libéralisme, ce sont des services publics dégradés, des moyens pour la santé et les hôpitaux publics sabrés, des postes d’enseignants, de policiers, dans la justice supprimés, des politiques culturelles dévoyées. Tout ça au nom de quoi ? Du profit du CAC 40 et de quelques-uns ? Des politiques d’austérité ? Au nom d’une fiscalité qui profite aux plus puissants ? Au nom de la mondialisation, qui a détruit l’appareil productif, les industries, les savoir-faire et l’agriculture ?
Quelles devraient être nos priorités ?
L’accueil des tout-petits, l’éducation de nos enfants, une vie digne pour nos aînés. Mais des moyens aussi pour l’emploi et la relocalisation de nos productions, pour l’accès à la santé, au logement, des moyens humains et financiers pour la justice, la police, la culture comme pilier du vivre ensemble, la commune comme première marche du pacte républicain. Qu’on ne me fasse pas croire que la France n’a pas le potentiel de développer une telle ambition, la politique, c’est d’abord un choix, le choix de l’intérêt général contre les intérêts particuliers. Certes, les dernières crises sanitaire et de l’inflation ont aggravé la situation.
Les maires des villes populaires que nous sommes ont interpellé Emmanuel Macron et les pouvoirs publics dès la crise sanitaire. Notre alerte était claire : attention, de nombreux ménages basculent dans la précarité, les difficultés deviennent insurmontables en matière de santé, d’alimentation, d’accès au logement, des prix de l’énergie. Pas simplement pour les plus fragiles, mais pour des salariés, des travailleurs, les étudiants, les retraités, la paupérisation de la population s’étend, gagne du terrain.
Elle génère un sentiment d’abandon, de mépris et de colère dont profitent les populismes et l’extrême droite.
Après les périodes de confinement, l’Etat a reconnu l’efficacité et le rôle indispensable des communes dans la gestion des crises. Mais ces discours n’ont pas été suivis de faits. A l’image des services publics, elles restent considérées comme des variables d’ajustement.
Dans le budget national, qui n’est toujours pas adopté, accentuant le flou politique depuis la désastreuse dissolution, rien ne change sur le fond : le gouvernement demanderait aux collectivités un effort de 4,6 milliards d’euros ! Et l’addition est salée : gel de DGF, fusion des dotations d’investissement dans un fonds d’investissement pour les territoires, nouvelle baisse de 500 millions d’euros du fonds vert et absence du fonds de compensation de la TVA pour les intercommunalités.
Au terme de cette longue liste de ponctions, l’Association des Maires de France a été claire : si elles sont mises en œuvre, de nombreuses communes seraient au bord de la rupture.
On fait à nouveau fausse route ! Aucun maire ne demande de solutions miracles à l’Etat, mais qu’il assure ses missions régaliennes, qu’il soit à l’écoute des difficultés rencontrées sur le terrain, dans le quotidien des habitants et des Français.
Dans ce contexte de crises multiples, Vénissieux, comme tout au long de son histoire, a fait preuve de caractère.
Notre ville sait se retrousser les manches, faire front et faire corps, mobiliser les énergies alors que les crises se sont enchaînées. Nos partenaires institutionnels, économiques, tous les acteurs de terrain, le milieu associatif, culturel, sportif, socio-éducatif, l’ensemble de nos services publics de proximité, tout le monde s’est mobilisé, chacun a apporté sa pierre à l’édifice pour servir l’intérêt général et accompagner les Vénissians.
Le levier des solidarités a été actionné par chacun de vous et les habitants, n’ayez crainte, l’ont noté.
Tout au long de l’année 2025, la priorité a été de ne pas ajouter de crise à la crise pour les Vénissians.
Cette volonté s’est traduite dans le budget de la commune par le maintien des taux de fiscalité locale depuis 2016. Auquel se sont ajoutés le gel des tarifs municipaux impactant le plus grand nombre (restauration scolaire et enfance) et le maintien de l’enveloppe globale revalorisée de subvention aux associations à hauteur de 4,9 millions d’euros.
Même ordre d’urgence au CCAS, notamment en matière de santé et d’accès aux soins. Reconduction de la mise en place d’une aide aux soins plafonnée à 300 euros par ménage à laquelle s’est ajouté le lancement, en juin dernier, de la mutuelle communale. Dans tous nos services, parmi tous nos agents, la vigilance et la solidarité ont été au cœur des missions quotidiennes. Ne laisser personne sur le bord de la route, aider les habitants, les accompagner vers les dispositifs existants.
Toujours au plus près des attentes, des besoins, et des urgences auxquelles il a fallu répondre sans tarder. Pour lutter contre les inégalités sociales, contre les fractures territoriales, pour rapprocher les habitants et les quartiers, les services publics de proximité sont tout simplement indispensables, irremplaçables. Aux yeux de certains, ils sont un coût, un problème, je dirais au contraire qu’ils sont la solution et un investissement. Les crises à répétition que nous traversons viennent de l’illustrer.
Nos villes, nos agglomérations font face à de nombreux défis.
Qu’il faut préparer, anticiper, relever. Tous revêtent une importance cruciale à Vénissieux. L’emprise des narcotrafiquants sur des parties entières du territoire national ne doit faire l’objet d’aucune concession, d’aucune tolérance. Après Ambroise-Croizat cet été, les tirs d’armes lourdes, fin décembre sur le plateau des Minguettes visant des points de deal, montrent à quel point la criminalité organisée monte en puissance. La violence monte d’un cran et sème une peur légitime parmi les habitants. Il faut se rendre compte que des armes de guerre sont utilisées en milieu urbain !
A Vénissieux comme ailleurs, j’appelle l’Etat à agir, vite et fort, dans nos quartiers avec une présence policière pérenne, des renforts immédiats de forces de sécurité et de douane et une réponse pénale ferme et rapide.
J’ai interpellé à cette fin le Ministère de l’Intérieur, les pouvoirs publics, le préfet. Ne nions pas le travail accompli par la police nationale, des réseaux sont démantelés, des trafiquants arrêtés. Mais malgré ce travail de fond et d’investigation, l’habitant, lui, ne voit pas le narcotrafic reculer. Il ne faut rien lâcher, faire preuve d’une fermeté exemplaire.
Nul ne peut remplacer la police nationale dans le cadre de ses missions régaliennes pour garantir l’ordre public, ni la justice bien sûr dans l’application des peines pénales, mais les collectivités locales sont là aussi pour assurer des complémentarités. Le centre de supervision urbain, la police municipale, les bailleurs, le Sytral, l’ensemble de nos dispositifs et le travail avec nos partenaires forment un ensemble cohérent, auquel se greffent les enjeux de prévention et de santé publique. Dans le cadre d’actions de proximité, de lutte contre les incivilités, les Vénissians ont été associés, notamment par le biais des 25 actions concrètes, issues de la consultation citoyenne « Mieux vivre en tranquillité » en 2025. Aucune concession n’a lieu d’être, c’est un travail de longue haleine et un travail du quotidien, un travail partenarial qui doit faire preuve d’une adaptation constante à la réalité du terrain.
N’oublions pas que le droit à la sécurité en conditionne d’autres comme la liberté de circuler, de se déplacer et vivre dans son quartier sans crainte, ni appréhension. Chaque habitant, chaque famille doit en bénéficier, dans les quartiers populaires comme dans toutes nos villes et agglomérations. Renforcer le lien social est également prioritaire. Les crises successives, la numérisation de nos démarches et comportements, ont favorisé le repli sur soi, accru le sentiment de solitude, même chez les jeunes.
Le lien social s’est délité à toute vitesse, et les périodes de confinement ont accéléré encore le phénomène, et aggravé la situation.
Il faut y prêter une attention toute particulière. Inaugurés l’été dernier, le Centre Social Roger Vailland et le nouvel équipement polyvalent Annie-Steiner répondent à cet objectif. Le Centre Aquatique Auguste-Delaune s’inscrit dans le même esprit, celui de réunir, rassembler, croiser les apprentissages et les générations dans un espace convivial.
Habiter une ville, c’est aussi habiter son histoire, lui appartenir, partager ses racines et la diversité de ses cultures. La mémoire comme vecteur rassembleur du présent, comme élément de fierté également et de transmission pédagogique, c’est tout le sens de notre prochaine Maison des Mémoires Olga-Bancic. Comme je le disais, le lien social, c’est le lien géographique entre les quartiers.
Le PNRU Minguettes-Clochettes va connecter le plateau au centre-ville, le T10 et le T8 vont relier les villes périphériques entre elles. Le désenclavement des quartiers et le désenclavement à l’échelle de l’agglomération sont en route. Le développement urbain intègre l’adaptation au réchauffement climatique, et prend en compte l’allongement de la durée de la vie et la dimension transgénérationnelles.
En cette nouvelle année, que chacun de vous garde la passion de servir, de réunir, d’additionner les énergies et les savoir-faire dans un même élan de partage. C’est ça, Vénissieux, une ville de caractère qui se construit dans le combat pour la justice sociale, une ville de solidarité qui n’oublie personne, une ville où chaque projet inscrit en son cœur la place de l’humain, encore et toujours. Cette passion vous anime, nous anime tous autant les uns que les autres.
Chacun de vous ici apporte sa pierre à l’édifice, dans le cadre de ses compétences, de ses connaissances, de ses envies, de ses imaginations.
Cette passion nous fait avancer ensemble, elle fait avancer notre ville et ses habitants, elle trace déjà le chemin de l’année qui s’ouvre. Ce chemin est celui d’hommes et de femmes réunis pour servir l’habitant, servir le bien commun, servir l’humain, encore et toujours.
Alors au nom de Vénissieux et des Vénissians, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2026, faite de projets, d’épanouissement, de partage et d’émotions.
Je vous remercie.

