Intervention de Michèle PICARD, Maire de Vénissieux, Vice-présidente de la Métropole de Lyon, à l’occasion de la Journée de la Laïcité.
Si on devait aller vite pour définir le principe de laïcité, que dirions-nous en premier lieu ?
C’est un principe qui nous protège, mais alors de quoi ? Il nous protège des intolérances, des sectarismes, des persécutions, des fanatismes, il nous protège de la haine et du rejet de l’autre, il nous fait vivre dans le respect des différences de culture, de culte, de tradition.
En un mot, il nous fait vivre en très bonne intelligence. La laïcité n’est pas une religion de l’anti-religion, pas plus qu’elle ne signifie une société « sans religion ». Elle ne stigmatise pas ni ne montre du doigt telle ou telle confession. Elle donne un cadre, un cadre de respect et de séparation entre l’espace privé et l’espace public, un cadre qui garantit la liberté de culte, sans prosélytisme, et le respect mutuel entre croyances et convictions, entre croyants et non croyants, entre les confessions elles-mêmes.
Plus que la tolérance, qui peut être interprétée comme une forme d’acceptation malgré tout ou à notre insu, il s’agit bien et avant tout de respect, terme qui me paraît plus adapté quand on parle de laïcité. C’est ainsi un instrument de concorde, pas de discorde.
« Le cadre laïque se donne les moyens de faire coexister sur un même territoire des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, au lieu de les juxtaposer en une mosaïque de communautés fermées sur elles-mêmes et mutuellement exclusives », rappelait à la tribune de l’assemblée constituante le député et résistant André Philip en 1945.
Dans notre siècle, où règnent amalgames et confusion, pour ne pas dire instrumentalisation, il est très important de transmettre les principes de laïcité aux jeunes générations.
Car imaginer une société française sans laïcité, ce serait ouvrir la porte à toutes sortes de fanatisme et extrémisme. Alors, il nous faut transmettre encore et encore, relancer chaque année le travail pédagogique entrepris depuis 2013 dans nos groupes scolaires.
Ce travail est initié par les DDEN pour la 13ème année consécutive, un travail auquel se joint bien évidemment notre ville. Je remercie donc très chaleureusement les Délégués Départementaux de l’Education Nationale de Vénissieux et sa présidente ici présente Jacqueline Raffenot. Leur détermination est remarquable.
240 enfants ont participé à cette journée de laïcité en 2025 : 10 écoles, le Conseil Municipal Enfants, tout le monde s’est mobilisé pour accompagner les jeunes dans la sensibilisation à la laïcité, tandis que les Maisons de l’Enfance s’investissaient, elles, dans le cadre de la Semaine des Droits de l’Enfant. Bravo aux encadrants et au personnel de l’éducation, sans lesquels rien ne serait possible, et dont l’engagement et l’investissement sont exemplaires à plus d’un titre. L’année dernière, sur proposition des DDEN, les enfants avaient mené une réflexion sur le principe de laïcité en créant un poème à partir de 10 mots.
Tous les poèmes avaient été exposés en Mairie et certains d’entre eux avaient été mis en voix. Cette année, les délégués départementaux de l’éducation nationale ont proposé aux élèves des écoles publiques, des maisons de l’enfance et des élus du conseil municipal d’enfant de créer un arbre de la Laïcité porteur des valeurs de la République, que la Laïcité enracine pour nous permettre de vivre ensemble dans le respect de tous.
La totalité des œuvres, sous toutes les différentes formes d’expression nées de l’imagination des enfants, sera visible à l’école de musique Jean Wiener, en marge du spectacle « les Laïculteurs » mis en scène par la compagnie Traction Avant.
Bravo à eux déjà, et je crois judicieuse cette sensibilisation à la laïcité par la création, et non par le seul apprentissage des grands textes et chapitres historiques qui ont abouti à l’inscription de la laïcité dans notre constitution.
La loi de 1905 qui met en place la séparation de l’Etat n’en emploie pas le terme, et il faut attendre la loi de 1946 pour qu’elle soit érigée comme principe constitutionnel. Son article 1 dispose à cet égard que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». La constitution de 1958 reprend cette disposition dans son article 2 et ajoute: « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.»
Le monde dans lequel nous vivons est d’une violence inouïe. Les guerres, les drames rythment notre quotidien. Le lien social est abîmé par les crises et l’individualisme. Les replis communautaires fissurent les principes républicains, d’un projet et d’une vision collective de la société.
Il nous faut redonner du sens et des appartenances, mettre l’histoire en perspective et offrir des perspectives, et c’est bien sûr tout l’enjeu et l’objectif de la prochaine Maison des Mémoires de Vénissieux. Cette journée de la laïcité nourrit elle aussi cet esprit de rassemblement autour de principes forts : le respect de l’autre, le vivre ensemble et le faire ensemble.
Une urgence actuelle, et pas des moindres !
Je vous remercie.

