Festival Essenti'[elles]

N’oublions jamais que les droits des femmes, c’est aussi le combat pour la démocratie et nos libertés.

Intervention de Michèle PICARD, Maire de Vénissieux, Vice-présidente de la Métropole de Lyon, à l’occasion du festival Essenti'[elles].

14ème édition déjà, pour le festival Essenti’elles de Vénissieux qui sensibilise les Vénissians et le public à l’égalité femmes-hommes.

Un festival au féminin, au cours duquel les femmes sont valorisées à travers leurs parcours, leurs talents, leurs créations. Du chemin a été parcouru, le festival est devenu un rendez-vous attendu et reconnu, à l’échelle de Vénissieux comme à celle de l’agglomération.

On a compté 800 personnes en quatre jours l’année dernière. Comme tous les ans, la ville de Vénissieux remercie tous les agents qui travaillent à l’organisation de cette manifestation, les intervenants, les artistes, La Compagnie de théâtre Faste et Furieuse, les associations, mais aussi l’ensemble des équipements culturels dont les synergies viennent s’additionner.

Elles permettent cette alternance entre tables rondes, projections de films, expositions, performances artistiques et pièces de théâtre.

Cette année, l’édition 2026 a été placée sous le signe des « Femmes vectrices de paix, ici et ailleurs ».

Dans le monde qui est le nôtre, où les drames et les guerres se multiplient, donner la parole à des femmes de paix nous ouvrira d’autres horizons que le bruit des armes. Ces guerres qui se répandent sur l’ensemble de la planète, du Soudan à l’Ukraine, de Gaza à l’Iran et le Moyen Orient. Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes.

Il faut en parler haut et fort ce jour-là, mais ce sont les 364 autres jours de l’année qui doivent faire l’objet d’actions et de détermination.

Notre attention, notre volonté, ce sont les droits des femmes au quotidien, des droits concrets, sur le terrain, dans le monde professionnel comme dans la vie privée. Des droits tout au long de l’année, tout au long d’une vie, des droits pour les prochaines générations.

Je le rappelle souvent en préambule : le combat pour les droits des femmes, ce n’est pas un combat contre les hommes, mais contre les inégalités, les injustices et les schémas patriarcaux ancrés dans nos sociétés. Ce combat se mène à deux, avec les hommes, car c’est le combat du progrès social. Il appartient aussi au temps long et au temps des accélérations politiques, aux générations qui se succèdent.

Voilà pourquoi le droit des femmes est le combat d’hier, d’aujourd’hui et sera, à n’en pas douter, le combat de demain. Y aurait-il eu le droit de vote sans les Suffragettes, sans Olympe de Gouges, sans Louise Michel ? Les femmes se seraient-elles réapproprié leurs corps sans Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Simone Veil ?

Si je bouscule l’histoire et ne mentionne pas, faute de temps, toutes les grandes figures féministes, c’est pour réaffirmer ici que le combat des femmes est avant tout un combat de transmission, d’une génération à l’autre. Il n’aura jamais de fin, ce qui ne doit pas faire le jeu du découragement, mais a toujours été le fruit de la mobilisation permanente, incessante, perpétuelle.

Et plus près de nous, je tiens à mentionner Gisèle Pelicot laquelle, à travers la leçon de courage qu’elle nous donne, œuvre pour que « la honte change de camp », comme elle le dit, pour déconstruire les préjugés autour du viol et des agissements sexistes et modifier en profondeur les rapports entre les hommes et les femmes. Cette volonté-là, sous le feu médiatique et sous le regard d’une société incrédule, est exemplaire.

Des chiffres édifiants suffisent à illustrer les inégalités qui perdurent.

Il y a, je le crois, une prise de conscience en matière des droits des femmes, des avancées significatives sur certains points, mais aussi de très nombreux obstacles qu’il reste à franchir pour atteindre l’égalité réelle femmes-hommes. Ces chiffres, quels sont-ils ? Les violences faites aux femmes, souvent perpétrées par un proche, touchent une femme sur trois dans le monde. En France, le total des féminicides atteindrait 163 victimes au 29 décembre 2025, en augmentation par rapport aux années précédentes : 136 en 2023 et 141 en 2024.

Le mal est endémique, et l’effet du Grenelle en 2019 semble s’éloigner. C’est un fléau de société ! Il y a les violences physiques et d’autres plus pernicieuses comme les violences verbales, psychologiques ou économiques, qui maintiennent les femmes dans des situations de dépendance. Dans le monde, les filles, parce qu’elles sont nées sont filles, ont 2,5 fois plus de risques de ne pas aller à l’école. Les inégalités commencent dès l’enfance. En France, 70% des femmes estiment ne pas avoir reçu le même traitement que leurs frères.

Dans le partage des tâches domestiques, les progrès sont lents, et pour les familles monoparentales, essentiellement des femmes, le quotidien vire au cauchemar entre, bien souvent, des temps partiels subis, l’éducation des enfants et les tâches ménagères. Mais il faut le signaler, les jeunes générations partagent plus les nécessités et devoirs du quotidien.

Dans le monde du travail, le constat est identique : les inégalités salariales ont la peau dure. En moyenne, les femmes gagnent 22% de moins que les hommes, car elles travaillent le plus souvent à temps partiel et dans des filières moins bien payées. A temps de travail égal et métiers équivalents, les femmes touchent 4% de moins que les hommes. Pourquoi ? De quel droit ?

La réponse s’appelle discrimination salariale.

Une discrimination qui a des répercussions à l’heure de la retraite : les femmes perçoivent en moyenne une pension 38 % inférieure à celle des hommes.

Enfin, en termes de représentations politiques, malgré la loi sur la parité, la baisse se confirme : 36% de députées femmes seulement à l’Assemblée. Elles ne représentent que 10% des présidents de conseils communautaires, 20% des présidents des conseils départementaux et 20% des maires en France. A ceux qui douteraient des nombreux droits qui restent à conquérir, ce tableau de la France vient en donner un cruel aperçu. Il faut de grandes lois, de grandes figures du féminisme, mais il faut surtout des droits au quotidien pour toutes les femmes dans tous les quartiers.

Toutes générations confondues, c’est à la place des Vénissianes dans l’espace public, dans leur vie professionnelle que s’attelle la Ville de Vénissieux depuis de nombreuses années.

Les actions sont multiples, transversales et elles touchent tous les domaines. En matière de lutte contre les violences faites aux femmes, le partenariat quadripartite de Vénissieux avec l’association Viffil-SOS Femmes, les villes de Corbas et Saint-Fons, permet la mise à disposition conjointe de logements d’urgence. Vénissieux en possède un, qu’elle utilise pour des situations de mise à l’abri et de mise en sécurité.

Nous comptons deux intervenantes sociales : l’une au commissariat de police, l’autre en mairie, les deux effectuant tout un travail de suivi et d’accompagnement des victimes dans le cadre de violences intrafamiliales et conjugales. Avec la maison des associations, auprès des agents de notre collectivité ou encore au sein de la DUPS, des échanges sont organisés pour permettre à chaque acteur de terrain de prendre la mesure des violences et d’y apporter des réponses et solutions adaptées.

Si l’on veut combattre ce fléau, il faut agir sur un environnement plus large, à la fois de sensibilisation, de lutte contre les stéréotypes de genre et de mise en oeuvre d’actions inclusives. L’aménagement de la place Frida Kahlo illustre cette démarche avec la prise en compte de l’avis des femmes pour la réalisation d’espaces plus intimes. On retrouve cette logique dans les végétalisations des cours d’écoles qui ont permis une meilleure redistribution des espaces entre les filles et les garçons. Dans les EPJ, dans les collèges, sensibiliser les jeunes sur ces questions est prioritaire, car ce sont eux qui prendront le relais par la suite.

Les enjeux de l’accès à la santé, de la fragilité et précarité des familles monoparentales font partie des défis de notre société au sujet desquels nous devons agir.

Octobre rose, la lutte contre la précarité menstruelle avec plus de 24 500 protections récoltées en 2025 à Vénissieux, le forum de la santé organisé tous les ans, la création de la mutuelle communale de Vénissieux, ces outils de terrain et de proximité renforcent les droits des femmes dans leur quotidien.

Un mot pour conclure avant d’assister ensemble à la pièce de théâtre La reine aux mains d’argent de la compagnie Faste et Furieuse, les droits des femmes sont l’affaire de tous : des collectivités locales, de l’Etat et du droit commun présent sur l’ensemble de notre territoire, des associations, mais aussi de chaque citoyen.

Nous savons également que le combat des droits des femmes est inscrit dans l’histoire de notre pays et des différentes périodes qui la composent.

Tout au long des siècles les plus récents, il y a eu des avancées, des reculs, des crispations, des émancipations. Chaque centimètre gagné est à défendre bec et ongles, car les acquis peuvent vite être remis en cause, voire abolis. L’époque actuelle incite à une vigilance de tous les instants.

Des forces rétrogrades, pour ne pas dire réactionnaires, sont à l’œuvre. Elles se renforcent et se répandent dans l’ensemble de notre société. N’oublions jamais que les droits des femmes, c’est aussi le combat pour la démocratie et nos libertés.

Je vous remercie.

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