Vœux à la presse

Michèle PICARD, Maire de Vénissieux, Vice-présidente de la Métropole de Lyon, a adressé ses vœux 2026 à la presse.

Michèle PICARD, Maire de Vénissieux, Vice-présidente de la Métropole de Lyon, a adressé ses vœux 2026 à la presse.

Nous avons basculé dans un autre monde.

Toujours plus violent mais avec de moins en moins de règles. Plus de 70 000 palestiniens morts, dont au moins 18 000 enfants, depuis l’intervention de l’armée israélienne en représailles des massacres du 7 octobre. La population palestinienne vit un drame terrible dans la bande de Gaza, injustifiable, intolérable, entre famine, crise humanitaire et destructions des structures sanitaires.

Près de 80% des bâtiments de la bande Gaza ont été détruits ou endommagés par la guerre. Le fragile cessez-le-feu n’a pas mis fin au combat : plus de 400 personnes dont plus de cent enfants ont perdu la vie depuis son entrée en vigueur le 10 octobre dernier. La communauté internationale ne peut pas fermer les yeux sur un tel drame, pas plus qu’elle ne peut rester indifférente à la mort de dizaines de milliers de civils en Ukraine, au Soudan ou ailleurs.

Il y a aujourd’hui une résurgence de doctrines impérialistes, ce que Trump a illustré au Venezuela en foulant aux pieds le droit international et la souveraineté des peuples, puis maintenant au Groenland. On veut s’accaparer des territoires par la loi du plus fort, mettre la main sur les ressources et tordre le cou à toute ébauche diplomatique.

La recherche de la paix peine à se faire entendre parmi les discours martiaux et va-t-en-guerre du moment.

Même si elle nous paraît lointaine, et par moments inaccessible, c’est pourtant par la paix et elle seule qu’on pourra reconstruire un ordre international en mille morceaux et un monde plus juste.

Depuis la désastreuse dissolution de l’assemblée Nationale par Emmanuel Macron, la France est à l’arrêt et connaît donc une crise institutionnelle et une situation de blocage profondes. Personne ne peut s’en réjouir.

Des lois importantes sont à l’arrêt, repoussées, dans les limbes. Je pense notamment à la loi grand âge, à la loi sur la fin de vie, qui serait inscrite en 2ème lecture à l’Assemblée en février, ou encore la loi sur la décentralisation annoncée par Sébastien Lecornu, impactant l’avenir des collectivités locales.

Un exemple des difficultés rencontrées : faute de budget national, la Prime Rénov, suspendue le 1er janvier, a eu de sérieuses conséquences parmi les artisans et TPE du BTP dont les devis ont été gelés et les chantiers reportés. Autres interrogations, et pas des moindres : on ne connaît ni le calendrier, ni le fond des différents projets.

Et pour cause, nous sommes fin janvier et le budget de l’Etat n’est toujours pas adopté.

Depuis octobre, députés et sénateurs se renvoient le texte et le recours à la loi spéciale ne résout en rien les profonds désaccords entre gauche et droite sur le PLF présenté. La partie recettes a fait l’objet d’un 49-3 mais l’adoption complète du Projet de Loi de Finances 2026 n’aura pas lieu avant début février.

Ce marasme creuse donc un peu plus encore, je le crains, le fossé entre le politique et nos concitoyens, entre des Français qui éprouvent des difficultés insurmontables au quotidien et un Etat impuissant et enlisé. Comment voulez-vous faire partager l’idée d’effort national si les plus fortunés et les multinationales en sont exemptés fiscalement ? On marche sur la tête.

Si l’on écoute bien les discours de la droite et de l’extrême droite il deviendrait même indécent d’imposer les riches alors que jamais la pauvreté dans notre pays n’avait autant augmenté depuis l’après-guerre d’après la dernière étude INSEE !

En réalité, qui paye la facture ? Le monde du travail, la grande majorité des Français, les services publics, l’éducation, le milieu hospitalier, la police, la justice avec d’innombrables suppressions de postes et les collectivités locales. Pour les communes, c’est un sentiment de colère que les maires de droite comme de gauche expriment et aussi une incertitude totale.

Pour la deuxième année consécutive, notre ville a élaboré son budget local sans connaître les dispositions du budget de la nation.

Quelles contributions pour les communes dans le cadre du redressement des finances publiques, à quels prélèvements s’attendre, quel montant pour la DGF, quel avenir et quelles orientations pour les politiques de la ville ?

Le flou règne à tous les étages et nous en sommes réduits à des hypothèses, des supputations. Quelles sont-elles ? A ce jour, la dernière version du PLF demanderait aux collectivités un effort qui passerait de 4,6 milliards d’euros à 2 milliards !

Si l’addition est réduite, elle reste salée : gel de la DGF, dotations d’investissement qui pourraient baisser et confirmation de la baisse de la compensation de la réduction des valeurs locatives des locaux industriels.

En ce qui concerne le Dilico, fonds de réserve alimenté par des prélèvements sur les recettes fiscales des collectivités pouvant aller jusqu’à 2% des recettes de fonctionnement, il ne concernerait plus les communes, mais uniquement les Régions, Départements et certaines intercommunalités. Au sujet du fonds vert, après une baisse annoncée de 500 millions d’euros, Sébastien Lecornu a indiqué au contraire qu’il l’augmenterait à nouveau, de l’ordre de 200 millions d’euros. Mais à partir de quelle base s’effectuerait cette revalorisation du fonds vert ? Sur l’enveloppe d’1,15 milliards d’euros de 2025 ou sur les 650 millions d’euros prévus dans la première copie du PLF du gouvernement ?

Pour en savoir plus, et sur de nombreux sujets, les collectivités locales devront donc attendre l’adoption de la partie dépenses du PLF et de l’ensemble du texte début février. Au terme de cette longue liste de ponctions, l’Association des Maires de France a été claire : si elles sont mises en œuvre, de nombreuses communes seraient au bord de la rupture.

Ce n’est pas un constat, ni une menace en l’air, mais une réalité argumentée. En 2024, plus de 5100 communes voyaient leur épargne nette passée dans le rouge.

Si l’on continue de prendre les collectivités comme variables d’ajustement des politiques libérales, dans les cinq ans à venir, l’épargne brute se détériorerait pour 7,8% du bloc communal.

Cela signifie des services et des investissements au rabais pour les habitants, qui paieraient alors deux fois la crise. A travers leur pouvoir d’achat en chute libre mais aussi dans la vie et le développement de leur quartier. En tant que tel, ce budget n’est pas acceptable et la ville de Vénissieux comme de nombreuses autres en France s’y oppose frontalement.

Un point important pour conclure : les crises s’enchaînent mais aucun bilan n’a été tiré après la crise sanitaire ou encore la crise du logement explosive. Les maires des villes populaires ont interpellé les pouvoirs publics et tiré la sonnette d’alarme dès les périodes de confinement.

Notre message était clair : attention, la précarité et la pauvreté explosent, le fossé et les inégalités se creusent et les difficultés pour beaucoup de nos concitoyens deviennent insurmontables. A-t-on été entendu ? Je ne le crois pas.

Tout au long de l’année 2025, la priorité a été de ne pas ajouter de crise à la crise pour les Vénissians.

Cette volonté s’est traduite dans le budget de la commune par le maintien des taux de fiscalité locale depuis 2016. Auquel se sont ajoutés le gel des tarifs municipaux impactant le plus grand nombre (restauration scolaire et enfance) et le maintien de l’enveloppe globale revalorisée de subvention aux associations à hauteur de 4,9 millions d’euros.

Dans tous les services, l’heure a été à la vigilance pour ne laisser personne sur le bord de la route.

Ainsi au CCAS, les aides les plus sollicitées ont concerné en 2024 les aides financières pour le paiement des factures courantes (loyer et énergie) à hauteur de 26% et les secours alimentaires pour 30%. Le constat est clair : les difficultés financières des ménages pour faire face aux dépenses du quotidien s’accentuent. Elles touchent l’essentiel, pour les plus fragiles et une large partie des classes moyennes.

En matière d’accès aux soins par exemple, l’aide aux soins plafonnée à 300 euros par ménage au CCAS a été reconduite, accompagnée en juin dernier du lancement de la mutuelle communale.

Au sujet des associations, les crises et les politiques d’austérité ont fragilisé l’ensemble du secteur en France. 69 % des associations employeuses déclarent des fonds propres fragiles ou nuls, 39 % envisagent des réductions d’effectifs, 28 % se voient contraintes de réduire ou annuler des actions. En maintenant l’enveloppe globale revalorisée de subvention aux associations, à hauteur de 4,9 millions d’euros, la ville de Vénissieux a pris en compte les difficultés du tissu associatif dont les activités sont si importantes pour le vivre ensemble et la vie des quartiers.

L’urgence sociale n’a pas obéré la capacité d’investissement de la Ville de Vénissieux. Le budget 2026 soutient de prochaines réalisations comme la construction du centre aquatique Auguste-Delaune, la Maison des Mémoires. Ces équipements sont pensés comme des lieux d’échanges, des lieux où les Vénissians peuvent se rencontrer, partager leurs expériences, leur histoire commune. Le lien social s’est délité à toute vitesse, et les périodes de confinement ont accéléré encore le phénomène. Il faut y prêter une attention toute particulière. Inaugurés l’été dernier, le Centre Social Roger Vailland et le nouvel équipement polyvalent Annie-Steiner répondent à cet objectif.

Je voudrais finir ces vœux à la presse par l’actualité récente et, après Ambroise-Croizat cet été, les tirs d’armes lourdes, fin décembre sur le plateau des Minguettes visant des points de deal.

La violence monte d’un cran et c’est un climat de peur, légitime, qui s’installe parmi les habitants des quartiers. Mesure-t-on enfin l’emprise des narcotrafiquants sur de très nombreux territoires en France ? Y a-t-il une prise de conscience nationale pour éradiquer ce fléau ? Il faut l’espérer.

J’appelle l’Etat à agir, vite et fort, dans nos quartiers avec une présence policière pérenne, des renforts immédiats de forces de sécurité et de douane et une réponse pénale ferme et rapide.

Ne nions pas le travail accompli par la police nationale, des réseaux sont démantelés, des trafiquants arrêtés. Mais des effectifs manquent à l’appel. Début 2025, une délégation de maires et parlementaires communistes a été reçue par le ministère de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau. Nous estimions alors qu’il faudrait 60 000 postes supplémentaires dans la police, la gendarmerie et les douanes en France.

Qu’on ne se méprenne pas, quand les maires font appel aux missions régaliennes de l’Etat en termes de sécurité, ce n’est pas pour pointer du doigt untel ou untel, c’est pour rappeler que le pouvoir d’investigation relève de la police nationale, et non de la police municipale, et que seule la justice bien sûr a le pouvoir d’application des peines pénales.

Ce sont ces missions régaliennes que nous réclamons, tout en rappelant que les collectivités locales sont là aussi pour assurer des complémentarités.

Le centre de supervision urbain, la police municipale, les bailleurs, le Sytral, l’ensemble de nos dispositifs et le travail avec nos partenaires forment un ensemble cohérent, sans oublier le travail accompli en matière de prévention et de santé publique. Dans le cadre d’actions de proximité, de lutte contre les incivilités, les Vénissians ont été associés, notamment par le biais des 25 actions concrètes, issues de la consultation citoyenne « Mieux vivre en tranquillité » en 2025. 

Sur ce thème de la sécurité et du narcotrafic, aucune concession n’a lieu d’être, c’est un travail de longue haleine et un travail du quotidien, un travail partenarial qui doit faire preuve d’une adaptation constante à la réalité du terrain. Mais je le dis encore une fois : si l’on veut faire reculer le narcotrafic, il faudra obligatoirement passer par une forte augmentation des moyens humains. C’est la condition nécessaire et indispensable afin d’apporter des solutions pérennes aux habitants.

L’actualité, avec les échéances que chacun connaît, sera chargée pour les journalistes que vous êtes.

Dans le contexte international et national qui est le nôtre, la liberté de la presse, tout comme l’état de droit, fait l’objet d’attaques aussi inédites que dangereuses pour la démocratie.

L’opinion n’est pas une information et il n’y pas de démocratie d’idées et de démocratie tout court sans un journalisme indépendant, averti, qui met en perspective les informations, alerte, prévient et renseigne les habitants. Nous avons besoin de recul, de temps pour donner du sens à une actualité qui se précipite.

En un mot, vos métiers, vos décryptages et vos relais de l’information de proximité renforcent les principes démocratiques. Ils sont nécessaires et indispensables à chaque citoyen que nous sommes.

Je souhaite à chacun de vous, à vos familles et vos proches, une excellente année 2026.

Je vous remercie.

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